Deux élus de Le Grau-du-Roi renvoyés devant le tribunal correctionnel

Le 10 septembre 2006, au cours d’une bandido organisée durant la fête locale de la ville du Grau du Roi, un taureau échappé heurte un monsieur sur un trottoir. Pris en charge immédiatement par l’équipe médicale sur place et transporté à l’hôpital, la victime, âgée de 77 ans, succombe dans la nuit, des suites du choc reçu au torse. Le lendemain des faits la famille porte plainte contre les organisateurs de la bandido.

S’engage alors toute une procédure, normale et minutieuse, pour désigner la responsabilité de chacun dans cette « affaire».

 

Quelques véhicules stationnant sur le parcours de la bandido malgré une interdiction par arrêté municipal sont désignés comme étant un obstacle, pour les piétons, au dégagement de la voie. Dès lors les responsables des festivités, Messieurs Enry Bernard-Bertrand et Jean Spalma, co-présidents du comité des fêtes du Grau du Roi et conseillers municipaux chargés des festivités de la ville sont mis en examen.

 

Une longue instruction fait ressortir que les véhicules garés sur le parcours de la bandido auraient dû emmener les responsables à annuler la manifestation. Quatre ans après le début de l’instruction, Messieurs Spalma et Bernard-Bertrand sont renvoyés devant le tribunal correctionnel selon le motif « d’avoir par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposé par la loi ou le règlement, en l’espèce en autorisant et en ne suspendant pas le lâcher de taureaux malgré la configuration des lieux, malgré le stationnement dangereux et interdit de plusieurs véhicules, involontairement causé la mort d’un piéton. »

 

Il est bien entendu que le décès d’une personne est tragique et déplorable. Que tout doit être mis en oeuvre pour que ce genre d’accident soit évité, le but des manifestations taurines étant de procurer un environnement joyeux parce que festif et non le contraire. Chacun sait, pour avoir fréquenté les festivités du Grau du Roi, combien la municipalité entoure de précautions ses abrivado/bandido, parce que cette station balnéaire, draine un nombre considérable de touristes qui ont peu conscience des dangers que représentent les taureaux. On ne peut pas mettre en doute la conscience de Messieurs Spalma et Bernard quant à leur rôle informatif et sécuritaire auprès de la population. Les gens du cru sont d’autant plus au courant des réactions des taureaux et de la dangerosité des manifestations taurines, qu’elles sont organisées dans cette ville depuis les années 1960. On sait aussi que les réactions des taureaux sont imprévisibles, les risques en sont d’autant plus décuplés.

 

Dans le cas présent, on a invoqué le stationnement des véhicules sur le parcours pour accabler les organisateurs. Certes, ces véhicules auraient dû ne pas être là, mais tout spectateur de bandido sait que, parfois, une voiture peut être un abri salutaire pour échapper à la charge d’un taureau qui, souvent, dans ses escapades cherche à filer droit pour retourner aux près. D’ailleurs fréquemment les véhicules sont abîmés par des spectateurs qui sont montés dessus pour se mettre hors de la portée du taureau. Loin l’idée de minimiser le drame et la peine que peut engendrer un tel accident, ni même d’aller spécialement contre la famille du défunt, il convient de nuancer ici la responsabilité des organisateurs et d’établir des dispositions qui ne les impliquent pas directement dans la mort d’un homme. On ne saurait concevoir dans notre région une fête votive sans courses de taureaux, qu’elles se déroulent dans les rues ou dans l’arène. Parce que le taureau de Camargue fait partie de notre identité culturelle. Les aficionados sont par tradition les mainteneurs d’un folklore et de coutumes qu’ils transmettent à tout un peuple qu’il soit autochtone ou visiteur, car les festivités taurines sont courues par des milliers de spectateurs, principalement au Grau du Roi, qui en sont, sans être des férus, de fervents admirateurs.

 

Les responsables des festivités taurines qu’ils soient présidents de comités des fêtes, d’associations locales ou de clubs taurins sont de plus en plus soumis à une pression insoutenable de la part des autorités préfectorales. L’organisation des abrivado/bandido est d’autant plus équivoque qu’elle implique d’être sans cesse ramenée à des réalités que ne discernent pas tous les intervenants. Les autorités en charge de la sécurité départementale augmentent chaque année les précautions à prendre, tandis que la jeunesse locale ne comprenant pas de telles dispositions qui annihilent selon eux le cérémonial des bandido, manifeste son mécontentement en invectivant les responsables des festivités pris dans un maelström d’humeurs dont ils doivent se sortir par leur seule passion des taureaux.

 

Car c’est surtout par passion que les présidents d’associations acceptent de se faire "rabrouer" ou de soutenir des responsabilités qui les conduisent, comme dans le cas de Messieurs Bernard et Spalma, devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire. Il s’agit de défendre définitivement nos traditions en soutenant Messieurs Bernard et Spalma, car dans le cas de leur condamnation, toute organisation de bandido en serait d’autant plus difficile et psychologiquement insoutenable.

Il y va de notre culture de s’unir afin que dans cette affaire les présidents du comité des fêtes du Grau du Roi ne soient pas considérés comme des « criminels». Certes responsables, mais avec des nuances qui ramènent leur rôle à des proportions plus en considération avec leur action, par des conventions que doivent dorénavant, au su de cette mise en examen, être définies par une charte officielle rédigée et signée par toutes les municipalités organisatrices.

 

Il convient de mettre en avant le côté dangereux que sous-entend un lâcher de taureaux ce qui mettrait à l’abri de toute accusation directe les responsables des festivités taurines.

Chacun de nous est impliqué dans cette affaire, servons-nous en pour que nos traditions perdurent. Sans quoi, bientôt, on ne trouvera plus personne pour prendre la responsabilité de les organiser.

 

Ce vendredi 19 novembre prochain, Enry Bernard et Jean Spalma, présidents du comité des fêtes du Grau du Roi, seront jugés devant le tribunal correctionnel de Nîmes, soutenons-les par notre présence !